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Dralla Land

En pleine conscience

Liberté

• Publié le mercredi 12 mai 2021
• 900 mots

Si bien des gens s'entendent pour dire (et répéter) jusqu'à quel point la liberté se manifeste en tant qu'objet de grande valeur, une chose si chèrement acquise, peu savent véritablement de quoi il retourne. Parce que peu de gens expriment leur liberté de façon consciente, et plus souvent la confondent avec autre chose. Pour la plupart, la liberté correspond à un lieu hors de soi, situé dans l'espace que nous partageons avec les autres, une liberté mythifiée et légendaire que l'on s'efforce de valoriser et de défendre à tout prix, très certainement vainement.

Parce qu'un tel espace de liberté n'existe pas. Parce que la liberté n'a rien de relationnel, et ne peut se voir occupée, confisquée ou réduite contre son gré, par quiconque. L'espace relationnel qu'on aime idéaliser n'a rien à voir avec la liberté, et tout à voir avec le contrôle. Dire que la liberté des uns se termine là où celle des autres commence revient à montrer les limites du contrôle que l'on peut tour à tour subir ou exercer. De fait, se soustraire au contrôle des autres, en autant qu'une telle chose puisse se révéler possible, peut aussi nous rendre moins libre. Parce que paradoxalement, une très grande liberté peut naître du contrôle par autrui.

Plus encore, comment pourrait-on brimer la liberté de quelqu'un si le dit espace libre devait ne pas exister? À la base, sachons-le, le concept même de liberté n'a rien de social. Le refus de socialiser, de participer ou de se laisser contraindre, tout comme le choix de se soustraire à quelque contrôle imposé par un groupe, peut le plus souvent ne rien avoir à faire avec une volonté de liberté. Le rejet d'un cadre social trop contraignant par un individu se fonde beaucoup plus sur l'expérience de l'injustice que sur la perte de liberté. En soi, la prévalence du concept de liberté en société relève surtout de constructions idéologiques révolutionnaires.

Si la liberté existe, elle vit à l'intérieur de chaque individu, et s'exprime de toutes sortes de façons plus ou moins subtiles, le plus souvent inconsciemment, comme pour la respiration. Dans sa forme primitive, la liberté reste couvée, timide, et s'exfiltre le plus souvent à travers les phantasmes. Lorsque cultivée, valorisée et mise de l'avant, l'acquisition consciente de la liberté peut complètement transformer les quelques rares individus qui osent s'en approprier. Rares parce que les personnes libres s'en vantent peu, et il peut s'avérer possible de vivre toute une Vie sur Terre sans jamais se rendre compte qu'à certains moments, nous croisons la route d'individus libres. En effet, comment reconnaître ce qui nous échappe?

Vivre libre relève à la fois du défi héroïque et de l'abandon absolu. Parce que l'apprentissage de la liberté ne connaît aucune limite, comme si l'on tentait de dresser cheval sauvage après cheval sauvage, à perpétuité. Si quelquefois l'exercice de la liberté peut faire naître des légendes et prendre une dimension historique, il peut aussi détruire, dissoudre ou mener à l'oubli complet. Ultimement, rien ne peut résister à la résolution d'un esprit libre, et de ce fait, les ennemis de la liberté abondent. Parce qu'à juste titre, le liberté fait peur, et qu'en tant que reflet vivant des peurs et des phantasmes de chacun, la personne libre peut représenter un danger certain pour quiconque se trouve pétri de peurs futiles, héritées ou irréelles.

Alors la liberté, ça sert à quoi? À simplement faire les meilleurs choix possibles. La personne libre sait tout de suite reconnaître les possibilités de croissance. Parce que la liberté demande à rester libre, les choix d'une personne libre s'avèrent immanquablement bons et vertueux, quoique souvent irrationnels et contre-intuitifs, voire lourds, sinon pénibles. Jamais faciles pour les non-initiés. Dans les faits, la liberté complique la vie de bien des gens, libres ou pas, quoique sans elle, il n'y aurait pas âme qui vive. Parce que la liberté participe de façon essentielle à l'élan vital, comme à toutes choses en ce monde.

Le potentiel de liberté en chacun de nous touche à l'infini. Où que vous soyez, quoique vous fassiez ou quoique que l'on vous fasse, vous pouvez l'explorer, à volonté. Pour certains, la méditation ou le sommeil permet d'y accéder. Pour d'autres, les jeux et le sport permettent de s'y rendre. Cet espace de liberté intérieur peut devenir un refuge pour le prisonnier qui consent à l'explorer. La liberté comme terrain de jeu pour notre âme, voilà de quoi il s'agit. Chaque fois que nous nous retrouvons coincés dans la matérialité, notre esprit peut y vagabonder, si l'on s'en donne la liberté. Voilà pour la liberté consciente.

La liberté inconsciente existe aussi. L’absorption d'alcool, de drogues et de certains médicaments peut nous y plonger. Tout comme certaines maladies. Mais attention, l'atteinte de son espace intérieur en état d'inconscience pose le problème du sas, soit la porte qui nous permet d'y accéder, et surtout d'en revenir. Si s'exercer à atteindre son espace de liberté intérieur de façon consciente nous entraîne à définir et à reconnaître le sas par lequel on accède, l'atteinte de cet espace de façon inconsciente ou par l'utilisation de moyens chimiques revient à plonger à l'aveugle. Quelquefois, ça peut devenir un voyage à sens unique duquel on ne revient jamais.

C'est la raison pour laquelle l'exploration des réservoirs de liberté immatériels reste souvent l’apanage de quelques initiés, illuminés et autres shamans. Parce que d'y arriver par des raccourcis reste dangereux. Et pourtant, si nous comptons poursuivre notre évolution individuelle et en tant qu'espèce, nous n'avons d'autre choix que de nous initier personnellement à l'exploration de nos abysses intérieurs, préférablement en pleine conscience. Car là résident nos véritables super pouvoirs.

Par Jean Francois Allard